06/09/2005

Test Duos de Duels – Thème Raymond Queneau et le Palace de la Rigolade – 35 min

Extrait du roman « Pierrot mon ami » de Raymond Queneau (Gallimard 1942)

 

« Les premiers clients des deux sexes apparurent au sommet d’un escalier roulant, éblouis par un phare, ahuris d’être ainsi livrés sans précautions, les hommes à la malignité du public, les femmes à sa salacité. Débarqués de leur escalier par la force des choses, ils se virent en conséquence obligés de glisser sur la face dorsale le long d’un plan incliné soigneusement astiqué. Les philosophes pouvaient déjà utiliser là leurs capacités visuelles au maximum de leur rendement, exigeant chacun du fonctionnement de ce sens netteté, rapidité, perspicacité, photographicité. Mais ce n’était encore rien, pas même autant que ne présage de pluie le vol bas des hirondelles. Il faut comprendre en effet qu’un tel spectacle, ré »duit au minimum, se peut présenter au cours de la vie quotidienne la plus banale, chute dans le métro, glissade hors d’un autobus, culbute sur un parquet trop bien ciré. Il n’y avait là quasi rien encore de la spécificité émotive que les philosophes venaient chercher pour le prix de trois francs au Palace de la Rigolade. Cependant les avanies poursuivaient de leurs malices calculées les démarches des amateurs : escaliers aux marches s’aplatissant à l’horizontale, planche se redressant à angle droit ou s’incurvant en cuvette, tapis roulant en sens alternés, planchers aux lames agitées d’un tremblement brownien. Et d’autres. Puis venait un couloir où diverses astuces combinées rendaient toute avance impossible. Pierrot était chargé de sortir les gens de cette impasse. Pour les hommes, il suffisait d’un coup de main, mais quand s’approchait une femme effrayée par ce passage difficile, on la saisissant par les poignets, on la tirait, on l’attirait et finalement on la collait sur une bouche d’air qui lui gonflait les jupes, premier régal pour les philosophes si l’envol découvrait suffisamment de cuisse. Ce prélude rapide était complété par la sortie du tonneau, après un vague labyrinthe imposé aux patients. La première vision prépare d’ailleurs l’apothéose ; dans une attente convulsive, les philosophes repèrent les morceaux de choix et les guignent avec des oeils élargis et des pupilles flamboyantes. »

 

Illustration d'Etienne (2/2)

(voir l’œuvre de Francis Picabia « L’Enfant Carburateur » 1919)

 

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14:39 Écrit par Atelier Duos2Duels | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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